Melancholia Polaroid

MELANCHOLIA - JAVEL

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Crédits de la pièce sonore :
Texte & voix : Kaliane Ung

Musique : Boyarin
Photo : Julia Javel

Melancholia Polaroïd » a été publié dans la revue A Verse n°9 et la revue Ouste n°11

 

« Vous verrez mon palais ! Vous verrez quelle vie !

J’ai de gros lexicons et des photographies »

Jules Laforgue, Complaintes.

Melancholia Polaroïd
La hantise d’une chrysalide

Les décembres s’amoncellent et les cycles s’enchaînent.
Sous les frimas des étrennes caquetage mécanique on me promet.
Encore. Encore.

Bientôt.

 

Le jour s’amoindrit et pour la énième fois je refuse de me confronter à la partition
De mes amours passagère silencieuse j’écorche les clairs de lune moderato cantabile
Promesses d’un lendemain suspendu en si majeur.
Rengaines.

Le bientôt en coda.
Je commence à connaître la chanson.

Les pavots dévorent l’anathème et ma terre d’asile est privée de nom.
Aux yeux de l’homme, j’ondule petite pousse aux pieds d’argile maladif

Modelable à souhait.

A l’heure du thé, je me retrouve dégagée de toute chronologie et pourtant
Le soleil décline quelque chose de pourri dans cette notion de personnage.

Melancholia Polaroïd
Un peu transie, un rien humide

Doute
Doute
Doute
Doute

Calculés intervalles.

 

Aux stagnantes fontaines de jouvence on presse le pas,
J’ai avalé tellement de chimères que jamais ma dérision ne vieillira.

Melancholia Polaroïd
Mon amour n’a pas pris une ride

Je porte mon jeune âge sans fard comme une faute originelle.
Ne rougit sous les sarcasmes que la tessiture de mon cri.

 

Miroite.

Dis-moi qui est la plus cruelle en ce royaume.

Miroite.

 

Si le futur se profile menaçant criminel devant la caméra

Il suffira de changer d’objectif.

Rictus sous l’éventail dissimulé, large choix de filtres, sculpter une destinée gélatine.
Pour éviter les faux pas des refrains éculés il faudra apprendre à mélodiser seule

Pourtant, je ne suis ni muse
Ni musicienne.

Je compose au hasard, avec le monde à ma portée.

 

Agacées par le latex impatient, mes cellules souches fourmillent.
Adulescente quand vient la crise, turbulences laborantines, expériences.

S’agit-il de créer sous vos yeux une espèce hybride ?

Animale ?
Végétale ?
Musicale ?

Manipulations génétiques aux halogénures d’argent.
Extractions.
Pipette.

Doute
Doute
Doute
Doute

Supplice chinois.

Cover girl.

Poupée de celluloïd, je m’enflamme si aisément.

A mon front s’étoile une goutte de blasphème.
Si ce sont mes mots qui ont parlé contre moi alors
Il y a comme une crise de confiance
Il y a comme une prise de conscience
Du jeune âge
Du langage
De la langue que l’on me prête et qui me salit.

Boire un verre. Expression figée.

Métaphore. Euphémisme. Métonymie. Prédication déviante.

De l’autre côté du miroir, sur le négatif, mon visage n’est qu’un reflet inachevé.
Naïve devant l’appareil numérique j’avais occulté le mâle du dispositif.

Undercover girl.

Mon âme dans le filet du collectionneur ne sera pas épinglée.

Melancholia Polaroïd
Le cocon vire au putride
Qu’importe si l’on me juge superficielle.
Je ne mangerai pas de ce pain-là.
Je ne mangerai pas de ce pain-là.
Je ne mangerai pas de ce pain-là.

Je ne mangerai pas.

Je ne mangerai plus.

Ruminé pensum en mon corps nourriture défendue, cent lignes de faille à rendre demain midi.
Je ne manque pas de raisons de vomir.

La vengeance tiédit au balcon du bal masqué.

Nimbée de patience, je ne suis qu’une image en cours de formation.
Un songe d’ennui d’hiver capturé qui lentement se développe

Entre deux pages de Bataille.
Du plastique au féminin.
Un long refus muet aux lèvres entr’ouvertes.
Quelque chose que j’ai du mal à avaler.

Doute
Doute
Doute
Doute

Flagrant délit d’éclosion.

Perchée sur une branche de mûrier, je porte mes vers trop longs à la nuque,
Echarpe la condescendance d’un froissement d’ailes

Mademoiselle Butterfly.

Autour de mon visage interdit, le carré blanc signale la censure ;
L’instantané est déjà un souvenir résistant aux maléfices.

Les empreintes digitales enfoncées sur mes pupilles ne changeront rien à l’alchimie.
Jeune fille à la fenêtre – sans titre – c’est mon profil qui se dilue dans la solution finale.

Melancholia Polaroïd
Deux gorgées d’acide

Disparaître à la lumière du jour pour m’échapper de tous les cadres.

 Paris, 2011-2012.